Accepter de blesser
Il y a 13 jours. Je me suis unie. Unie à l’homme que j’aime depuis 9 ans. Pour être honnête, j’ignorais que j’allais me marier un jour.
Bien sûr, lorsque j’étais petite, je me disais que quand j’aurai 30 ans je serai mariée, avec 2 enfants (1 garçon et 1 fille), que j’aurai une grande maison et un labrador (beige). Et que nous irions à Disneyland en famille.
Puis j’ai eu 30 ans. Et j’ai réalisé que ce n’était pas du tout ce que je désirais. Je réalisais que peut-être, j’avais très peur de m’engager avec quelqu’un. Que peut-être j’avais très peur de « m’emprisonner » avec quelqu’un. À vie.
Il y a 13 jours je me suis engagée. Contrairement à ce que mon moi de 30 ans croyais, je me sens plus libre que jamais. Plus libre d’être moi. Plus libre d’expérimenter. Plus libre de jouer. Comme portée par la Vie. Je crois parce que m’unir signifie que j’accepte de me reposer sur quelqu’un d’autre que moi. Je crois parce que m’unir signifie que je me sens assez forte aussi pour porter l’autre lorsqu’il en ressentira le besoin.
Cette Union était non planifiée. Sa graine s’est plantée en moi il y a quelques mois puis s’est développée de façon organique. Au fil des mois, au fil de nos échanges sur nos envies de faire équipe. De nous allier pour la Vie. D’un point de vue spirituel mais aussi matériel.
Nous nous sommes retrouvés chez le notaire. Nous avons eu des discussions (très) inconfortables (et beaucoup de régulation émotionnelle :). Nous avons rencontrés nos peurs respectives. Nous nous sommes vus vraiment. Et aimés, encore un peu plus. Nous avons eu une date à la Mairie. Puis nous avons décidé que nous souhaitions célébrer cette Union avec nos amis.
Nous avons très vite parlé de notre envie de faire quelque chose qui nous ressemblait à nous. Les mots intimité, amour, simplicité, légèreté sont venus. Et la question de savoir qui nous souhaitions inviter est venue très vite aussi.
Nous avons fait une liste. J’ai essayé de me connecter à mon sacral (ma guidance intérieure en human design) et de choisir d’inviter uniquement les personnes pour lesquelles ça vibrait vraiment. Sans prendre en compte ce que me disait mon mental (mon centre de la tête ouvert qui reçoit les pensées des autres), ou encore mon centre des émotions (autre centre ouvert chez moi qui reçoit les émotions des autres et qui a très peur de contrarier / faire des vagues).
Nous sommes arrivés à une liste de 17 personnes. Parmi elles des ami.e.s de presque 20 ans comme des ami.e.s entré.e.s dans ma vie beaucoup plus récemment. Certes, ce n’était pas une liste qui faisait sens pour mon mental, avec toutes les personnes qui « devraient » être là. Mais pour mes prises de décisions importantes, j’ai appris à faire confiance à mon ventre (sacral) plutôt qu’à mon mental. Et beaucoup de choses ont changé dans ma vie depuis que j’ai commencé à procéder ainsi (mais ça ce sera peut-être l’objet d’une autre lettre :).
J’ai rencontré beaucoup de mes peurs les semaines et jours qui ont précédé notre Union. La peur de décevoir nos amis, qui faisaient le déplacement et prenaient de leur temps et de leur argent pour être avec nous. La peur de ne pas être assez. Le contrôle qui se réveillait en moi. La peur de blesser les amis non-invités.
Puis, je suis allée me faire couper les cheveux lors d’une « ceremonial hair cut ». Lorsque la maîtresse de cérémonie m’a demandé ce que je souhaitais lâcher, j’ai senti qu’il était temps pour moi de lâcher l’habitude de combattre mes peurs et mes ombres. De faire la paix. De m’unir. Alors j’ai demandé à laisser partir l’habitude de rejeter mes ombres. Et j’ai demandé à m’unir avec elles. À unir ma lumière avec mes ombres. À m’unir avec moi.
Quelque chose s’est passé ce jour-là. Quelque chose qu’il m’est difficile d’expliquer avec des mots. Mais ce jour-là je me suis épousée.
De ce mariage avec mes ombres a découlé une paix et une sérénité que je n’attendais pas. J’étais prête à épouser Baptiste. Une colombe était au-dessus de ma tête.
Le jour J est arrivé. Je me sentais encore immensément portée et bénie par la cérémonie que j’avais vécu 3 jours auparavant. Et je me suis laissée ressentir toute la joie et l’Amour qui étaient là. À l’idée de m’unir avec mon partenaire de Vie. À l’idée de célébrer cette Union avec pour témoins ces amis qui font partie de notre famille.
Nous avons crée une cérémonie qui nous ressemble, dans une yourte rencontrée 3 jours plus tôt. Nous avons ouvert un Cercle avec nos invités et nous nous sommes tous reliés avec une pelote de laine rouge. Nous avons échangés nos voeux devant témoins. Mes larmes et celles de Baptiste ont scellé la présence du féminin et du masculin sacré dans notre Cercle. Nous nous sommes unis avec des liens blancs, bénis par l’Amour et les mots de mon âmie Rosanne. Chaque personne a offert un mot au Cercle. Nous avons ri, dansé, chanté (Titanic!!!).
Cette journée a été l'une des plus belles de ma vie. Parce que ce jour-là, j’ai senti nos coeurs ouverts. Ouverts au courage d’Aimer. Ouverts au courage de suivre la guidance de la joie. Et aussi parce que ce jour là, j’ai ressenti une gratitude infinie de m’être autorisée à honorer ce qui me donnait de la joie. À moi.
J’étais sur un nuage. Quelques jours plus tard, je recevais un message. Celui d’une personne que nous n’avions pas invitée. Elle me confiait avoir beaucoup de mal à comprendre pourquoi elle n’avait pas été invitée. Qu’elle trouvait cela « bizarre ». Qu’elle était dans une période émotionnelle difficile et qu’elle avait du mal à accepter.
Je me sentais profondément alignée avec ce que nous avions choisi de faire. Je savais que j’avais honoré ma guidance intérieure qui m’avait guidé sur la courte liste de personnes qui devaient nous entourer ce jour-là. Je sentais que nous écouter Baptiste et moi étaient infiniment juste.
Et pourtant. Ça piquait.
Mes choix avait heurté quelqu’un. Quelqu’un se sentait en cet instant rejetée. Je savais que ces blessures et émotions lui appartenaient. Et pourtant. J’ai ressenti une grande culpabilité. Culpabilité que j’ai tenté de rejeter comme je le pouvais. Et qui s’est transformé en aphtes (je me mords souvent l’intérieur de la bouche par accident lorsque je ressens de la culpabilité). De la frustration aussi, d’être mal comprise dans mes intentions. De la tristesse aussi, d’avoir causé (réveillé) de la peine chez quelqu’un.
Là tout de suite, je ressens une grande tristesse en y repensant. Comme un deuil. Parce que je réalise que, peu importe mes intentions d’Amour et de joie, il est souvent impossible d’honorer ma vérité sans que cela ne blesse / n’active quelqu’un. Sans que cela ne crée de l’incompréhension. Sans que cela ne crée du jugement.
Ayant été blessée très jeune, je crois que j’ai passé une immense partie de ma vie à m’interdire de blesser qui que ce soit. Parce que ça m’a fait trop mal et que je ne voulais pas faire ça à quelqu’un d’autre. Parce que je ressens les émotions des autres et que c’était trop difficile pour moi quand quelqu’un était triste ou en colère. Parce que aussi (ça je ne l’ai réalisé que plus tard), je souhaitais m’assurer d’être vue comme une « bonne » personne.
Je suis à un moment de ma vie où je commence à questionner cette interdiction. À la déconstruire, petit bloc par petit bloc. Et tout doucement à faire la paix avec le fait que, quoi que je fasse, quelqu’un sera blessé / activé. Quoi que je fasse, quelqu’un me jugera.
Je suis à un moment de ma vie ou j’en ai assez de me retenir de faire ce qui vibre pour moi, parce que j’ai peur de blesser. Je suis à un moment de ma vie où j’en ai assez d’adapter mes paroles et mes gestes, parce que j’ai peur de contrarier. Je suis à un moment de ma vie où j’en ai assez de m’ajuster à ce que veulent les autres au détriment de ce qui vibre pour moi. J’en ai assez de vouloir être une « bonne » personne irréprochable. Je veux juste être « moi ».
Alors je choisis d’arrêter. Et je choisis d’accepter. D’accepter de blesser et d’accepter la culpabilité qui va avec, et de quand même suivre la guidance de ma joie. D’accepter de contrarier. D’accepter d’être blessée / activée moi aussi. D’accepter d’être contrariée moi aussi.
En cet instant, je réalise qu’honorer ma vérité sans heurter qui que ce soit est impossible. Car les blessures des autres appartiennent aux autres. En cet instant, je réalise que je n’ai aucun pouvoir sur les blessures des autres. Seulement sur les miennes.
Au courage de prendre la responsabilité de nos blessures. Et au courage de rendre la responsabilité des blessures des autres aux autres. Et d’honorer ce qui nous donne de la joie.
Avec Amour,
Linda